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 Art & subversion, deux pôles antagonistes ?

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themroc

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MessageSujet: Art & subversion, deux pôles antagonistes ?   Sam 3 Mar 2007 - 23:00

"La civilisation ne peut jamais provenir que de la signification unifiante d’un art ou d’une œuvre d’art"
Friedrich NIETZSCHE, Le Livre du Philosophe, études théorétiques (Paris, GF-Flammarion, 1991 ; p.114).

L’art peut facilement paraître obsolète en tant que concept, en tant qu’idée, pour beaucoup d’entre nous. Il n’y a pas besoin d’être hégélien pour cela. Aujourd’hui, on parle plutôt de produits culturels que d’ "art". Musique, cinéma, littérature, avènement du multimédia, l’art se propage là où il est le plus rentable, sous des formes "démocratisées"... Quelles que soient ses formes d’expression, l’art contemporain est vu comme une activité élitiste et péremptoire par la plupart de ceux qui ne s’y intéressent pas ou qui s’en sont désintéressés. Est-ce là un simple préjugé populiste ? Pas si sûr, car si le mot "art" fait peur par les prétentions qu’il véhicule, s’il semble réservé à une certaine caste qui se gargarise de débats philosophiques qui permettent au monde de l’art de ne pas sombrer dans la consommation de masse propre aux modes de production artistique popularisés, l’art contemporain et son monde semblent avoir de plus en plus de mal à s’auto-convaincre de l’intérêt de leur existence. A un niveau purement esthétique comme à un niveau plus largement philosophique ou politique, l’art contemporain est, de l’avis de plusieurs de ses protagonistes (artistes ou théoriciens), entré dans une phase de stagnation, voire de décomposition, et cela depuis plusieurs décennies.

Fertile en avant-gardes révolutionnaires dans la première partie du XXème siècle, l’art était porteur de nouveauté et de rupture, de critique et de subversion. L’art pouvait alors être gênant, se réclamer de créations ayant pour but de mettre en cause la normalité, de bouleverser à la fois les traditions esthétiques et la société dans son ensemble.
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themroc

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MessageSujet: suite1   Sam 3 Mar 2007 - 23:02

Hésitant jusque dans les années 1930 entre révolution prolétarienne, dictature fasciste et bureaucratie capitaliste, les pays européens sortent de la seconde guerre mondiale avec une perspective révolutionnaire inexistante, annihilée par deux formes idéologiques de la démocratie étatique (séparation Est-Ouest). Les tentatives révolutionnaires qui suivront, notamment à la fin des années 1960, accompagnées par des tentatives de subversion de l’art par l’art, n’aboutissent pas. La subversion par l’art est toutefois de mieux en mieux acceptée (y compris par les pouvoirs politiques), jusqu’à se faire subventionner...

Après le symbole de la chute du mur de Berlin, la fin des vilaines dictatures "communistes", on assiste à une mondialisation croissante du gentil système économique d’inspiration américaine. Pour les artistes, on prétend avec ce libéralisme généralisé que tout est permis dans le meilleur des mondes... Quelle est alors la situation de l’art ? Quelles sont les possibilités réelles de subversion par la création, notamment avec l’art contemporain ? Et puis, à quoi bon chercher la subversion quand on nous fait bien comprendre qu’ailleurs "c’est pire" et qu’on ne pourra pas "avoir" mieux qu’ici ?

L’existence même de l’art est à questionner : si « l’art ne signifie pas réconciliation » [1], tout nous pousse à croire que l’art a de nos jours une tendance très majoritaire à la complaisance et à l’inconsistance.
Première partie : Art et domination

"Pour le spectateur plus encore que pour l’artiste, l’art est une drogue à accoutumance"
Marcel DUCHAMP, Duchamp du signe, Ecrits (Paris, Flammarion, coll. Champs, 1994 ; p.192).
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themroc

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MessageSujet: suite2   Sam 3 Mar 2007 - 23:04

A - L’art et le pouvoir, un couple qui dure

Dans toutes les "grandes" civilisations qui se sont succédées jusqu’à maintenant, l’art a été un enjeu de pouvoir : d’abord comme moyen d’orientation des croyances et des désirs de la population, cerné par les aspects mystiques et religieux nécessaires à la conservation des sociétés, puis comme preuve de richesse (culturelle, mais aussi au sens de "capital" social, de propriété, de patrimoine...), d’appartenance à une élite. Cet impact au niveau des pouvoirs politiques n’est évidemment pas sans conséquence sur les artistes eux-mêmes. Leur production artistique peut leur permettre d’accéder à une reconnaissance sociale non négligeable. Celui qui créé l’œuvre, comme celui qui la possède (en la commandant ou en l’achetant), ne peut prétendre être stimulé uniquement par des motivations esthétiques. Que son attitude se veuille indifférente ou non quant aux pouvoirs en place, sa création est influencée (consciemment ou non) par l’environnement social dans lequel il s’exprime.

A vrai dire, en se fiant à « l’histoire de l’art moderne et professionnelle, en tant qu’institution officielle établie dans les universités, la presse et les musées » [2], on s’aperçoit bien vite que « l’art a toujours pris parti - pour le pouvoir » [3]. En Europe, depuis la Grèce antique, le pouvoir n’a jamais été celui du peuple, mais bien celui des empereurs, des rois, des seigneurs, des papes, puis des banquiers et de la bourgeoisie catholique. Les artistes, passant des statuts d’esclave ou de paria à celui d’artisan organisé au Moyen-Age et au début de la Renaissance, une minorité d’entre eux devenant récemment ces "génies" que l’on admire et que les pouvoirs établis entretiennent du mieux qu’ils peuvent tant que ceux-ci leur servent de moyen d’exaltation des idéaux de la culture occidentale. Quelle que soit la société dans laquelle l’artiste évolue, il est inévitablement dépendant des conjonctures socio-économiques, scientifiques et techniques de son temps, et surtout, il est dépendant de la classe possédante et doit se plier au bon vouloir des autorités en place, ou au mieux d’un mécène (qui ne cherchera évidemment pas à subvertir sa propre situation de favorisé ni celle de la société de classes), s’il veut pouvoir créer librement. Comme l’affirmait Adorno, la liberté n’est-elle pas l’essence, le concept, de l’art ?
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themroc

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MessageSujet: suite4   Sam 3 Mar 2007 - 23:05

Si la "réussite" d’une œuvre, d’un artiste, se trouve dans la reconnaissance institutionnelle et/ou marchande, on peut évidemment se demander dans quelle mesure on peut parler de création "libre". Par cet aspect primordial du succès de l’artiste, on assiste à une hiérarchisation des artistes, les artistes les plus importants (selon des critères de réussite visant à plaire et à atteindre le consensus par la reconnaissance) sont choisis par les institutions artistiques (pour les représenter et/ou travailler pour elles) et deviennent de la sorte encore plus importants. Faire le jeu de cette liberté, c’est tout sauf essayer de subvertir l’idéologie dominante. « La domination a sa propre esthétique et la domination démocratique a une esthétique démocratique » [4], chaque artiste y participe dans la mesure où il fait partie intégrante d’une machine culturelle qui s’emploie par des moyens variés à contrôler la production et le discours des formes d’expression artistique qui lui sont contemporaines.

Qu’il s’agisse de cet art d’élite qui fait peur au peuple (parce qu’il ne lui est pas destiné, parce qu’il est soi-disant trop compliqué ou parce que "mon fils de quatre ans fait pareil") ou qu’il s’agisse des productions culturelles de masse issues de multinationales (cinéma, musique, etc.), un contrôle subtil sur la créativité est effectué par l’idéologie esthétique bourgeoise. Même en système "démocratique", la séparation de classe en deux perceptions de l’art est conservée, de même que la séparation très nette entre l’art(iste) et les spectateurs/contemplateurs, chacun reste à sa place. Plus lié au pouvoir que jamais par ses difficultés théoriques à le critiquer, l’art le plus "libre" n’est libre qu’en tant que spectacle d’une liberté de création dont tout le monde est en réalité dépossédé. Le conditionnement des différentes couches sociales est en effet extrêmement puissant et efficace, sa perfection étant due au nombre toujours plus important de produits à consommer et à cette propagande feutrée mais permanente en faveur d’un système qui se dit démocratique et libéral. Ainsi « réglementée par un ensemble répressif, la liberté peut devenir un instrument de domination puissant (...). Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. Choisir librement parmi une grande variété de marchandises et de services, ce n’est pas être libre si pour cela des contrôles sociaux doivent peser sur une vie de labeur et d’angoisse - si pour cela on doit être aliéné » [5]. Créer, dans ce contexte, ce n’est pas être libre, c’est au mieux prendre conscience de nos propres conditionnements, essayer d’en sortir et de lutter contre le système qui profite de nos vies.
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themroc

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MessageSujet: suite5   Sam 3 Mar 2007 - 23:06

Aujourd’hui, l’art a perdu sa liberté et son potentiel de transgression, à cause des lois du marché, de la valeur d’échange, du capital, de sa propre aliénation par le spectacle, le commerce et l’industrie culturelle, etc.

B - L’autosatisfaction de l’art dans la marchandise

L’existence de l’art a toujours été liée à l’économie marchande de la société dans laquelle il évolue, « l’art n’a jamais été sans prix » [6] et il semble difficile d’imaginer des œuvres d’art qui ne soient en aucune manière des marchandises... Mais « ce qui est nouveau, ce n’est pas que l’art est une marchandise, mais qu’aujourd’hui, il se reconnaisse délibérément comme tel » [7]. Il est tout à fait commun désormais de considérer l’argent comme une mesure objective des talents d’un artiste (on ne vit pas sous un régime capitaliste pour rien...). On est arrivé à un stade où il serait tout à fait légitime de se demander si cet accaparement total de l’art par les notions de profit et de rentabilité n’est pas un moyen ultime de camoufler le fait que toute expression artistique authentique est devenue impossible.

La société marchande (par le biais de l’industrie culturelle, de ses multiples lieux consacrés à l’art) utilise la fonction d’exposition de l’art pour en faire une marchandise culturelle au service de la domination ; les cinquante dernières années ont démontré que cette pratique est incroyablement efficace. Les Etats-Unis doivent leur renommée de "pays de la liberté" à cela et on en rirait presque si cela n’était pas si déprimant. Avec l’aide de la publicité et du marketing, la marchandise culturelle et artistique exerce une fascination certaine sur ses adeptes, en socialisant les désirs de chacun à un niveau qui ne se limite pas à l’esthétique, elle a presque le rôle d’un gourou de secte...
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Martin Codron



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MessageSujet: Re: Art & subversion, deux pôles antagonistes ?   Jeu 29 Mar 2007 - 14:57

Le capitalisme est un système malin car il récupére toute forme de subversion artistique, notamment dans le milieu musical..Ce que l'on a vu avec les punk....

La classe dominante impose sa culture....aujourd'hui la plupart des films, disques etc...imposent l'image d'une culture élitiste, qui prone la réussite, l'argent, le sexisme...
Les films français ont pour cadre un milieu bourgeois...cherchez un film français tourné dans les milieux ouvriers, ils sont rares...
Les disques, ceux qui sont vendus avec un matraquage publicitaire reprennent des clichés sexistes ou la femme est souvent dévalorisées....

L'art devrait être révolutionnaire...et les artistes veulent révolutionner l'art sont souvent censurer, mis à l'écart....
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sam telam

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MessageSujet: Re: Art & subversion, deux pôles antagonistes ?   Dim 1 Avr 2007 - 10:55

L' Art , par definition, est ce qui laisse la liberté d' interprétation
à celui, celle qui assiste ou partage la vision de l' artiste.(cf le
début du Chien andalou de L Bunuel)

En cela l'Art nous donne le message suivant, chaque vision du monde est
singulière et possède en cela un pouvoir de révélation et de
transcendance qui est subversif puisqu' il était réservé à la caste des
prêtres, chamans et autres intercesseurs jusqu' à présent. L' Art nous
délivre donc des visions du monde de ces "directeurs de conscience".

A l' opposé la Culture impose sa vision du monde, elle est donc d'
essence fasciste, car , par des phénomènes comme la Mode ou son opposé
la Tradition, par exemple, elle entraine les esprits dans la panurgie
et la non reflexion du futile, du vendable, de la "vache à lait", de la
"niche", bref du marketing etc....On peut dire, par exemple que l'
amphithéâtre grec est démocratique, comme la piste de cirque, car ils
nous signifient que chaque regard est différent sur la représentation,
personne ne verra la même chose ce qui permet de comprendre que nous
avons besoin d' échanger ensuite sur l' expérience que nous venons de
vivre, et cela crée du lien social.

A la difference du théâtre à l' italienne où le regard de tous les
spectateurs devaient passer par le regard du Roi, ou du puissant en
général.

lol! citizen Sam
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